André Mertz

Apocryphes

Dans sa série “Apocryphes” André Mertz propose des “visions non orthodoxes de passages bibliques (parfois mythologiques)”. Et ce dans le but de réinstaller la femme en une place qui lui a été refusée dans les Écritures. Il y a là les Saintes, les pucelles, les vierges et des anges. Et bien sûr Marie mais aussi Jeanne d’Arc. Mais aussi les servantes et autres vestales, pécheresses ou autres filles de joie – dont bien sûr Marie Madeleine. Le tout dans une poétique des lignes et des formes. Et des couleurs aussi. Mertz les fait claquer en sachant que même l’aspiration à l’abstraction métaphysique peut faire de beaux craquements, de belles consonances par rapport à la tradition et aux modalités habituelles de la représentation. Le photographe remet en question la construction des images.

Il y a donc dans son œuvre des mouvements dialectiques dont le “graphisme” – parfois trouble parfois net – crée une atmosphère baroque. La culture populaire et l’expérimentation s’y croisent. Elles donnent lieu à des hybridations pour le moins étonnantes. Dans ce tangage du monde André Mertz reste capable de produire une unité et une dissémination. Se croisent et s’entrecroisent des harmonies et des dysharmonies rythmées par différents éléments visuels. Tout dans son œuvre crée des navettes entre les frontières morales afin que les idées comme les images toutes faites claquent.

Dans la déchirure du réel tel qu’il est raconté, s’ombrent des silhouettes qui portent en elles la puissance du cri que le silence des Écritures a gelé. La clarté en deçà, et l’obscur au-delà d’une frontière apprise ne cessent de bouger. Et chaque femme dans sa complexité telle qu’elle est réimagée semble poser une question au voyeur : “N’es-tu entre nous que là-bas, de toi ne serais-je qu’ici même ?”. Les mots de l’Ecriture ne font plus une Bible. Et le photographe lui répond non par des mots, mais – sacrilège suprême ? – par des images. Les femmes damnées elles-mêmes courbent leurs sortilèges et les vieilles chimères griffent le miroir des temps. De telles images visent l’Oubliée involontaire : il la désigne, l’articulent, mais ce n’est pas pour l’offrir au savoir, mais à l’émotion. Et l’œuvre est un démenti à tout ce qui nous trompe et fait que nous ne savons même plus si nous sommes vivants.

Les photographies de l’artiste sont le contraire d’images mortes. Nous passons du passé au présent. Mais pas comme il nous fut “présenté” jusque-là. Ce sont des actes de renaissance même si avec de telles “mariées” il y a moins des unions que des absences. Les femmes ne répondent plus aux “canons” vénérés de la vérité des Évangiles. Sous le voile de la nudité et quelques pans de gaze, un visage s’échappe. Il n’y a pas plus (ni moins) de rêve, de fantasme, d’imaginaire que dans les vieilles images que celles-ci remplacent. Mais chaque femme est plus trouble, troublante, troublée. D’où sa présence sensuelle et hallucinatoire. Pas de tension pour autant. Juste des rehauts qui entraînent à nouveau la pensée dans l’inconnu(e) entre le mystère et l’évidence.

Par ailleurs, André Mertz prouve que l’immobilité est fragile : pour preuve l’image bouge, glisse. Des vagues successives créent une suspension tremblée. Le corps s’ouvre discrètement, pas à pas. D’autres échos se soulèvent dans notre mémoire.

Résumons : les photographies rappellent la figure féminine. Elle renforce son désir – sans dire lequel -, prolonge son attente et augmente peut-être l’impatience au moment où les prises deviennent une forme “d’érection”. Mais qui n’est plus forcément d’affaire d’hommes (si ce n’est l’artiste lui-même). Se produit une forme d’élévation là où l’érotisme prend une acception plus large. L’érection devient le contraire de la dépression dans lequel la tradition a voulu reléguer la femme en ses diverses statuts et positions. Parfois elle se courbe, parfois elle se relève et s’érige. Le lyrisme jaillit dans ce qui tient de fables optiques, politiques et sensuelles de révolte, d’anarchie implicite en ce rituel inédit d’incarnation.
André Mertz mélange le chaos et l’ordre, la perte de maîtrise, mais l’envers de l’aliénation. La nudité devient matérielle et transubstantielle. Elle s’associe à un acte de vie la manifestation du vivant insaisissable qui reste le sens même de l’art. C’est un peu d’eau vive pour ne plus détruire les femmes. Un peu d’eau-de-vie contre les larmes de douleur ou de honte qu’on leur a fait porter.
Texte de Jean Paul Gavard Perret

Archange Gabriel

André Mertz est photographe publicitaire depuis 1978, diplômé Fachhoschule Grafik Design Sarrebrück (école descendante du bauhaus) Photo et Graphisme.
La rencontre avec Lucien Clergue en 2005 marque le début du travail artistique en nu et paysages (une étape plus poussée, André ayant toujours fait un travail artistique).
La technique numérique lui donne la liberté du peintre, comme la photographie avait libéré la peinture de son obligation de représenter la réalité.
Son ambition est d’essayer de traduire par le travail numérique, l’émotion survenue lors de la prise de vue; ce que le cliché brut ne permet pas de rendre.
Pour paraphraser Lucien Clergue : “Photographe et poète, voici notre seule ambition”

www.nude-dreams.fr

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